|
Olivier DEBRÉ à l’Espace d’Art Contemporain Fernet Branca de Saint-Louis/Alsace
 Rouge Coulé de Touraine, 1990, huile sur toile, 180 x x251 cm collection particulière - photo: François Poivret
Nous n’avons qu’un regret. C’est qu’Olivier Debré ne puisse pas voir cette exposition. Nul doute, en effet, qu’il aurait été séduit par l’Espace d’Art Contemporain Fernet Branca, par son ampleur, la qualité de la restauration par Jean-Michel Wilmotte, l’atmosphère qui s’en dégage, et qu’il aurait su apprécier une exposition hors normes, à la mesure des enjeux. Olivier Debré était en effet un homme de défi. La simple lecture de sa biographie le prouve assez. On peut retenir la réalisation de projets aussi importants et exigeants que le rideau de scène de la Comédie-Française, celui du nouvel Opéra de Hong Kong, les décors et les costumes du ballet « Signes» de Carolyn Carlson ou encore le rideau de scène, cette fois du nouvel Opéra de Shanghai, illustré par un reportage de Marc Deville dont les photos sont présentes dans l’exposition. Il faut ajouter qu’il a accompli ces travaux respectivement en 1987, 1989, 1997 et 1998, à un âge où bien des artistes se satisfont de recommencer inlassablement les gammes qui ont fait leur succès. Bien au contraire, Olivier Debré a été tout au long de sa carrière un créateur en perpétuelle recherche. Cette exposition en apporte la preuve éclatante si on veut bien observer les trois « Forme », datant de 1997 ou 1998, d’ailleurs très peu vues jusqu’à présent, qui montrent, s’il en était besoin, qu’à la veille de sa disparition, la créativité et l’enthousiasme d’Olivier Debré étaient intacts. Cette exposition part d’un choix qui, sans aucun doute, aurait eu son assentiment. Comme le lieu nous y invite, le parti-pris est de montrer des grands formats, uniquement des « Signes-paysages » qu’il a surtout réalisés à partir des années 60, alors que jusqu’au milieu des années 50, il s’exprimait essentiellement par ses « Signes-personnages ». Ces grands formats sont au nombre de 31, illustrant un parcours de 1961 à 1998 se terminant, à regret, par un tableau prémonitoire, « La Résurrection ou Le Buisson ardent ». L’exposition est en fait structurée autour de deux « très » grands formats : « Coulée bleu clair du matin, trace jaune » de 1990, mesurant 3,72 x 9,18 m, et « Rouge coulé de Touraine », toile réalisée en 1990 et 1991 de 4,00 x 9,15 m. Il s’agit là de deux des quatre plus grands formats qu’il ait jamais peints. Ils ne doivent cependant pas occulter le caractère spectaculaire de la plupart des autres œuvres exposées et leur qualité indiscutable. De façon quelque peu arbitraire, on se contentera de citer le « Sans titre », circa 1990, de 2,08 x 5,00 m. ou encore, de 1990, « Grande blanche longue de Loire » de 2,20 x 6,02 m. Même si Olivier Debré a beaucoup voyagé et travaillé à l’étranger, on constatera que, justement pour des raisons essentiellement de format, les œuvres présentées privilégient la Loire et la Touraine, sa région de prédilection. Les titres en font largement référence. Le spectateur, quant à lui, ne se laissera pas « abuser » par les titres. Il serait évidemment vain de rechercher une quelconque description de tel ou tel paysage. Comme Olivier Debré l’affirmait lui-même : « Je me défends d’être un paysagiste, je traduis l’émotion qui est en moi devant le paysage, mais pas le paysage.1 » Au visiteur de partager à son tour cette émotion, en contemplant ou, pourquoi pas, en se laissant engloutir par ces grandes toiles tour à tour sombres ou limpides, en se heurtant à ces concrétions colorées ou en acceptant de se dissoudre dans la sérénité de ces larges plages quasi monochromes. Mieux encore, le spectateur pourra, sans faire l’objet d’aucune suggestion, être le seul maître de ses propres émotions, comme Olivier Debré l’y invite implicitement, dans un autre contexte il est vrai, quand il a pu dire, avec la modestie qui le caractérise : « Ce que les autres ressentent est la vraie réalité2». 1 / Entretien avec André Parinaud in Galerie-Jardin des Arts, décembre 1975 2 / Entretien, in catalogue musée de Saint-Denis, 1990 page d'accueil repères biographiques
|