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TEXTES de LEE UFAN Extraits du livre « Un art de la relation » de Lee Ufan Chez Actes Sud / 1992 © Ces extraits ont jalonné le parcours de l'exposition afin d'entrer dans la pensée de Lee Ufan
Chaque fois que je croise les pièces de métal éparpillées çà et là dans les usines métallurgiques, ou bien quand j’aperçois une multitude de galets au bord d’une rivière, quand j’entre dans un vaste espace vide, mon cœur bat la chamade, mes pensées fusent : je vois aussitôt quelle œuvre je pourrais réaliser en disposant, dans tel ou tel espace, telles ou telles pierres et plaques de fer. ... 
Dès que le pinceau pose un point sur la feuille de papier, l’espace autour du point se meut subitement. De l’air chargé d’énergie vitale flotte à la surface de la feuille. […] Autrement dit, la partie de la feuille autour du point deviendra la mer s’étalant autour de l’île qu’est maintenant le point. C’est cette expérience première, de l’ordre de l’illusion, qui m’a fait devenir peintre. ... Concentré sur la régulation de ma respiration et la perception du rythme avec mon corps, je pose la première touche de pinceau quelque part sur la toile. De là, l’envie me vient d’elle-même de déplacer le pinceau vers un autre endroit, apparemment en correspondance avec ce trait. Puis, de même, un nouvel endroit appelle le pinceau. Peu à peu, tout à fait comme dans une partie de go, une scène tendue s’élabore. ... Le pinceau naît entre le corps et la toile. Le pinceau n’est pas le prolongement de la main. Il commence là où la main s’achève. Entre le pinceau et la main, il y a, de même qu’entre la toile et le pinceau, une distance égale à celle qui sépare les étoiles. ... Dans la campagne coréenne où j’ai grandi, coulait une rivière aux berges couverte de pierres. Il y en avait de toutes sortes : d’énormes de deux ou trois tonnes, d’autres pas plus grosses que le bout du doigt, des noires, des blanches… Après des dizaines de milliers d’années au contact de l’eau et du vent, toutes avaient un aspect massif, dense et pesant. Mais, sous la lumière scintillante de l’automne, leur masse apparaissait transparente comme traversée par l’air cristallin. ... Une banale plaque de métal pourrait être une pensée. Les vagues pierres pourraient être l’air. L’espace de résonance de l’œuvre s’est déployé, vacillant, alentour. ... 
Je désire toutes les couleurs. Mais il m’est impossible de les employer toutes dans une œuvre. D’autre part, si je choisissais une couleur, elle exprimerait immédiatement une particularité. C’est pourquoi je choisis le ton gris. Il garde une certaine distance, aussi bien avec la réalité qu’avec le monde conceptuel. Il est suffisamment suggestif et implicite. ... Assis sur un banc, dans un jardin public, je contemple l’azur.Regarder l’étendue vide du ciel me donne la sensation d’être regardée par elle. Le vide n’offrant aucun point sur lequel mon regard puisse se fixer, ce dernier s’étend à l’infini. De même que, dépourvu comme il l’est de point de vue fixe, le vide qui me regarde s’étend sans limites, à travers moi comme au travers de toutes choses. Plus je regarde le ciel, plus il vient se confondre avec moi, plus je me confonds avec lui. ... Ce qui s’imprime dans notre regard n’est pas l’œuvre, ce n’est pas l’art. L’art n’est pas visible, il se perçoit. Lee Ufan 
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